LE CAS « BANDE DE FILLES »

Je suis allée voir ce film qui a été adoré, plébiscité, encensé par la critique avec un peu d’appréhension.

Premièrement, parce-que j’étais intriguée par ce qui allait ressortir de ce film dont le pitch propose une vision des jeunes filles Noires Françaises, et de banlieue, d’aujourd’hui (avec des comédiennes amateurs). Je me demandais quel niveau d’empathie  j’aurais avec les personnages et leur histoire.

Et deuxièmement, parce-qu’avant que je n’aille le voir,  mon frère m’a conseillé de le regarder alors même que lui l’avait détesté!  Ce drôle de conseil laissait présager une discussion animée post-visionnage avec échange de points de vue et argumentation serrée; et c’est justement ce que j’aime.

Affiche_bande_de_filles

Donc quand mon frère m’a dit « va voir Bandes de Filles, c’est nul, et parle-s’en sur ton blog« , évidemment, ça m’a interpellée.  (NB : je reconnais par ailleurs que la logique de la proposition est surprenante, #nonsens ).

Partagée entre les critiques dithyrambiques  arrivées jusqu’à mes oreilles et cet avis tranché, je suis donc allée voir ce film.

J’ai trouvé l’installation de l’histoire assez sympa, entre la 1ère scène qui posait le décor d’un monde où les filles s’imposent sur des terrains plutôt masculins. S’ensuit rapidement la découverte de Marieme, le personnage principal dont on sent la volonté de faire de belles choses mais qui est entravée par… à peu près tout (école, famille, quartier). Mais  je dois dire que l’ensemble s’est vite essoufflé.

J’ai eu le sentiment d’attendre indéfiniment que l’histoire ne démarre. Et au bout d’un (long) moment,  je n’ai même plus compris la tournure des événements. Le film a pris la direction d’une voie sans issue, incongrue, à tel point qu’en sortant du cinéma, je me suis demandé quelle était l’utilité de ce film. Ce n’est pas du divertissement, ce n’est pas un feel-good movie, ce n’est pas vraiment une critique de la société… C’est un film qui dénonce mollement des situations mais sans pour autant offrir d’alternative. Tout cela avec une durée totale d’1h52, autant dire que j’ai trouvé cela longuet.

Et puis j’ai confronté mon point de vue avec celui de mon frère. Et clairement, le sien était beaucoup plus tranché . Là où j’ai vu une critique molle, sans queue mais avec un peu de tête, de la vie des filles de banlieues , lui a vu un tableau de ces mêmes personnes biaisé par l’imagination d’une personne non concernée.

Entre les incohérences et les situations peu crédibles (en vrac et sans spoiler : la baston entre filles, la position & le style de vie du dealer du quartier, le rôle d’Ismaël…), il est vrai qu’on cherche un peu la véracité de ce film de ghetto noir.

Et du coup, cela amène quelques questions.

On se demande dans quelle mesure ce film n’est pas le quotidien banlieusard fantasmé par une personne qui ne connait pas les codes du monde qu’elle dépeint ?

bandes_de_fille_Comédiennes-et-réalisatrice
La réalisatrice Céline Sciamma et ses deux héroines

D’ailleurs, nous n’étions que 2 Blacks dans la salle, une ado venue avec sa copine et moi-même.  Et le public était plutôt âgé. Est-ce que cela veut dire quelque chose?

Est-ce symptomatique d’une proposition non acceptée par les personnes qui en sont le sujet mais qui à l’inverse pourrait satisfaire tout une frange de la population qui croit savoir ce qu’est la banlieue, sa violence, sa difficulté et de manière générale ce qu’y vivent les jeunes ?

Qui est intéressé par un tel film et à qui s’adresse-t’il ?

Et surtout, que doit-on conclure de Bande de Filles, qui n’élève pas le débat mais pose encore une fois les Noirs dans un environnement stérile pour ne pas dire destructeur et dans un schéma d’échec sans réelle alternative? Que penser de ces filles au vocabulaire châtié et aux centres d’intérêts futiles? Et quelle image leurs personnages donnent des jeunes des cités?

J’avoue qu’au 1er abord, je n’ai pas forcément été frappée par tout cela. Cela m’a laissée un peu indifférente, ça m’a glissé dessus. Mais une critique du film dans un mag féminin m’a ouvert les yeux. Je cite « Ébouriffant, pop, glamour et radical […] Bande de Filles réussit à dépoussiérer cette vieille lune du cinéma français qu’est le « banlieue movie » « .

bandes_de_fille_scene-rihanna Sérieusement ??? J’ai même lu une critique qui disait que les garçons avaient la Haine et que les filles avaient désormais Bande de Filles. Non, mais sérieusement?

Je ne relèverai même pas la comparaison hallucinante, en revanche, je ne peux pas laisser dire que, si les filles ont besoin de leur film culte, c’est Bande de Filles qu’elles choisiraient. Du moins, j’espère qu’elle iront chercher plus loin que cela.

Et si un film est pop juste parce-que dans une scène, des copines chantent en play-back sur Rihanna, alors c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres. Quant au glamour, je ne l’ai pas encore trouvé. Mais peut-être faut-il que j’aille revoir le film.

Mais malheureusement, je ne pense pas que ce soit grâce à ce genre de cinéma que la position des Noirs Français évolue un jour…

Ce que j’espère, au moins, c’est que ce film sera une véritable rampe de lancement pour les comédiens amateurs du film, et qu’ils ne seront pas cantonnés à ce type de rôles dans le cinéma français à l’avenir.

 

 

 

Publicités

3 réflexions sur “LE CAS « BANDE DE FILLES »

  1. Je pense voir ce film un jour. Mais j’y vais a reculons. Quand j’ai découvert le synopsis puis vu et entendu TOUTES ces critiques unanimes, cela m’a fait fuir….peut-on même parler de critiques…une population autocentrée et endogame qui va au zoo (« ah, en banlieue, c’est comme ça alors..), c’est vraiment l’impression que ça m’a fait. Le pire, c’est qu’ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient : une image particulière de la banlieue pour conforter leurs clichés. La pluralité et la diversité (au sens propre et non au sens politique(ment correct)), on oublie…

    J'aime

    1. Merci pour ton commentaire Ely.
      Je crains effectivement que ce film ne reflète cela. Mais peut-être que nous sommes aussi biaisés par un certain prisme. Mes remarques sont des questions ouvertes… Je me demande si la réalisatrice a été confrontée à ce type de point de vue et ce qu’elle aurait à en dire…

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s